Des ambitions concrètes pour une économie collaborative coopérative

Une autre économie collaborative est nécessaire et possible. C’est ce qui ressort clairement de notre conférence How to COOP the internet economy. Comment allons-nous aider à réaliser cela en Belgique? En rassemblant des connaissances sur la législation, les logiciels et les modèles de financement. Et aussi en mobilisant les citoyens. Febecoop retrousse dès à présent ses manches !

Les plateformes numériques sont porteuses de menaces considérables, mais aussi d’opportunités inédites : risques importants de voir le nombre de citoyens exclus encore un plus grand ; mais aussi des opportunités formidables d’associer citoyens et travailleurs à des activités qui leur tiennent très fort à cœur.

Tout nouveau tout beau

Longtemps, l’idéologie à la base de l’économie collaborative a fait souffler un vent d’innovation et de progrès. Les grandes entreprises allaient céder des parts de marché et du pouvoir. Un petit régiment de micro-entreprises – dirigées par des personnes qui sont des citoyens avant d’être des entrepreneurs – se tenait prêt à saisir ces opportunités. Dans l’économie collaborative, tout le monde est à la fois client et fournisseur. Un tel contexte ne pouvait que renforcer le sens de la communauté.

L’économie collaborative allait aussi être un remède efficace contre d’autres maux de l’économie de marché. Fini la société de consommation où nous nous considérons d’abord comme des consommateurs et puis comme des citoyens. Certains vont même jusqu’à croire que l’économie collaborative pourrait nous faire revenir au tableau idyllique des marchés conviviaux d’antan… Et nous faire passer d’une économie du « je » à une économie du « tous ensemble ».

Mais entre-temps, ce beau vernis s’est sérieusement écaillé. Ce n’est un secret pour personne que Uber écrase les salaires des chauffeurs de taxi et que, forte de son monopole, elle augmente considérablement les prix aux heures et jours de pointe. Ou que dans nos grandes villes touristiques, Airbnb est une aubaine pour les amateurs de city-trip, mais tout le contraire pour les résidents locaux, souvent moins fortunés, qui ont vu brusquement le marché locatif se verrouiller. C’est par exemple le cas d’une ville comme Amsterdam, une ville devenue rapidement un paradis immobilier.

Vers une économie collaborative durable et coopérative

Mais gardons-nous de jeter la plateforme numérique avec l’eau du bain. Comment faire pour que les besoins en biens et en services contribuent au développement d’une économie durable ?

En reprenant, en tant que citoyen, le contrôle sur l’économie et en ne la laissant pas (plus) aux mains de grands acteurs. En (re)structurant l’économie collaborative de façon à ce qu’elle profite aussi bien aux usagers qu’aux prestataires de services et à la société. Ce qui nous amène très rapidement au modèle coopératif, et cela pour deux raisons. La coopérative est souvent l’instrument juridique tout indiqué pour accueillir les activités de l’économie collaborative. En outre, le modèle coopératif est celui qui s’aligne le mieux sur les valeurs de l’économie collaborative.

Les coopératives sont des entités économiques, mais la réalisation de bénéfices n’est pas leur objet principal. Chaque utilisateur peut être copropriétaire de la coopérative et, en tant qu’associé, orienter la stratégie d’une manière démocratique. La qualité des services offerts priment sur les dividendes versés aux actionnaires.

Ce qui caractérise l’esprit coopératif, c’est la volonté de concrétiser nos projets en étant animés par l’espoir plutôt que par la peur. Nous prenons les problèmes sociétaux à bras le corps au lieu de nous contenter de les dénoncer. Nous réfléchissons mais, plus encore, nous agissons. Comme les ouvriers du XIXe siècle qui créèrent des coopératives pour acquérir du pouvoir dans la société industrialisée, les citoyens et travailleurs du XXIe siècle peuvent par exemple créer des plateformes numériques, pour assurer eux-mêmes la prestation de services dans la société de la connaissance.

Des ambitions concrètes

Mais il y a du pain sur la planche. Beaucoup de pain sur la planche. En tant qu’acteur coopératif, Febecoop ne pourra pas y parvenir toute seule. Pour mettre en place des plateformes de partage coopératives, nous avons besoin des connaissances de concepteurs de logiciels, de juristes et d’économistes. Nous allons devoir mettre à contribution les responsables politiques et la société civile, convaincre les bailleurs de fonds et, surtout, mobiliser les citoyens et les travailleurs et les inciter à retrousser eux aussi leurs manches.

C’est sur ces bonnes résolutions que Febecoop a clôturé la conférence. En Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, nous allons devoir cartographier avec tous les acteurs concernés les besoins de soutien, mettre au point une offre adaptée et formuler des propositions stratégiques. À Bruxelles, cela se fera au sein du partenariat CoopCity, déjà bien rôdé, qui réunit sept organisations de premier plan de l’économie de l’innovation sociale.

Enfin, nous nourrissons également l’ambition de mettre en place, dans notre propre pays, un consortium chargé de soutenir les plateformes coopératives par le biais d’études, d’expériences, de formations, d’échanges de bonnes pratiques, de soutien technique, d’organisation d’événements…

Nous ne savons pas encore si des plateformes coopératives numériques à la Uber et Airbnb pourraient voir le jour mais nous avons la certitude qu’elles sont nécessaires. Le respect de la vie privée des citoyens et la qualité du travail ont tout à gagner d’une telle évolution.

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