5 propositions pour la Wallonie

On assiste en Wallonie à un renouveau de l’entrepreneuriat coopératif, avec l’émergence de projets soutenus par des collectifs de citoyens souhaitant participer à la transition de notre économie vers davantage de durabilité. Ces initiatives, nombreuses dans le secteur de l’alimentation, des énergies renouvelables ou de la mobilité, partagent un degré élevé d’ambition en vue de prendre en compte des facteurs de coûts habituellement négligés par le marché, tels que la rémunération juste des acteurs intervenant dans la création de valeur ou encore la diminution de l’impact environnemental lié à la production ou à la consommation des produits ou des services proposés. Les  propositions formulées ici par Febecoop s’inscrivent dans la volonté de répondre au mieux aux besoins rencontrés par ces projets, et de favoriser leur développement. Complémentairement, certaines propositions visent à rendre davantage visible l’alternative coopérative comme mode d’entrepreneuriat.

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1. Des bourses de pré-activité pour soutenir l’innovation coopérative

Les projets coopératifs soutenus par des collectifs sont complexes à mettre en œuvre. Si elle peut s’appuyer sur le soutien de sa communauté pour se lancer, une coopérative ne s’épanouira dans le long terme qu’à condition d’avoir trouvé un modèle économique qui, tout en internalisant davantage de facteurs de coûts que ses concurrents, la rendra concurrentielle sur son marché. Ces coopératives s’appuient, pour relever ce défi, sur la dimension collective de leur dynamique entrepreneuriale et sur la complémentarité entre les acteurs impliqués dans le projet.

Mais l’exercice demande du temps de développement et des compétences, et donc un minimum de financement. Le réflexe des initiateurs de tels projets est dès lors de lancer le plus tôt possible une campagne de financement participatif pour créer la coopérative, alors que le modèle économique de l’entreprise n’a pas encore été défini. Cela revient à faire supporter aux citoyens investisseurs un risque lié à l’innovation qui, vu l’ambition de durabilité de ces projets, pourrait davantage être assumé par l’acteur public.

Proposition

Il conviendrait de mettre en place un système de bourses citoyennes pour permettre aux porteurs de projets  coopératifs d’en explorer la faisabilité et de construire un modèle économique fondé sur la coopération entre les acteurs concernés par le projet. Ceci permettrait de décaler initiation du projet entrepreneurial et création de l’entreprise, et de reporter le déclenchement d’un financement participatif ainsi que l’activation de la mesure Brasero (cofinancement public) à un moment où les fondamentaux de l’entreprise ont été stabilisés. Ces bourses seraient de deux types : une bourse de débroussaillage soutenant une première formulation du projet, et une bourse de structuration permettant d’approfondir et de structurer les éléments assurant la viabilité du projet à long terme.

2. Des coopératives mixtes (public/privé) pour stimuler le développement économique des territoires

Le décret du 27.06.13 prévoit que le Gouvernement adopte en début de chaque nouvelle législature une stratégie wallonne de développement durable, laquelle comporte une vision et des objectifs à long terme, ainsi que des mesures  en vue d’assurer la participation de toutes les parties prenantes concernées par un avenir plus durable pour la Wallonie.

Par ailleurs, le développement économique territorial est une mission souvent confiée à des intercommunales pilotées par les acteurs publics locaux (Igretec, Spi, Bep Namur, etc.) dont l’enjeu  est de nouer et structurer un dialogue  avec les entrepreneurs, les candidats entrepreneurs, des associations (par ex : groupements d’action locale) ainsi que d’autres acteurs publics régionaux ou locaux (ex : agences de développement local) en vue de faire émerger des nouveaux projets entrepreneuriaux sur leur territoire.

Dans certains pays européens, cette mission de mise en action concertée des acteurs socio-économique est facilitée par des coopératives de développement territorial. Leur démarche est de partir des besoins identifiés en termes de développement au niveau du territoire concerné, et de développer une réponse pertinente en coordonnant les efforts des différentes parties prenantes concernées (ainsi, en France, il existe des sociétés coopératives d’intérêt collectif associant acteurs publics et privés se donnant pour mission la dynamisation du territoire).

Proposition

Il conviendrait d’intégrer dans la prochaine Stratégie wallonne de développement durable le soutien à l’émergence de sociétés coopératives mixtes (public/privé) ayant pour mission de soutenir le développement territorial autour des objectifs identifiés dans ladite stratégie. Concrètement, l’émergence de ces sociétés coopératives mixtes de développement territorial pourrait être soutenue via le lancement d’un appel à projets doté d’un budget pluriannuel associé à la mise en œuvre de la stratégie de développement durable, pour débrider et coordonner un développement économique combinant à la fois durabilité et besoins en développement du territoire.

3. Renforcer l’accompagnement à la création et au développement de projets coopératifs

Les besoins en accompagnement des entrepreneurs sociaux et coopératifs ont fortement évolué : élargissement des communautés à l’initiative de projets coopératifs, ambition croissante des projets en vue de produire et de consommer plus durablement, et digitalisation de l’économie, constituent trois tendances lourdes ayant pour effet de complexifier la démarche des entrepreneurs sociaux. En parallèle, le dispositif d’accompagnement, paramétré essentiellement autour des besoins de l’économie sociale d’insertion socio-professionnelle, n’a pas évolué. Les missions des agences-conseil, les modalités d’octroi et les montants des subventions n’ont ainsi jamais été revus.

Le faible taux de subventionnement, combiné à une réforme des aides à l’emploi aux effets potentiellement négatifs sur l’équilibre financier des agences-conseil, n’offre plus de perspectives de développement aux agences-conseil autres que celles, plus ponctuelles, liées à des appels à projets européens ou régionaux. La dynamique de professionnalisation du secteur et d’adaptation continue aux évolutions des besoins, ainsi que  les synergies entre acteurs, en souffrent.

Par ailleurs, les agences-conseil ont rejoint en 2016  le paysage de l’animation économique coordonnée par l’AEI, mission reprise par la Sowalfin, avec l’objectif  de stimuler la coopération entre agences-conseil mais aussi avec les acteurs publics régionaux de l’économie sociale (Sowalfin, Sowecsom, SPW), en vue de mieux répondre  aux besoins des entrepreneurs sociaux.

Proposition

Il conviendrait, en parallèle de la mise en place de la coordination de l’animation économique autour des besoins des entrepreneurs sociaux et coopératifs initiée par la Sowalfin, de revoir le décret de financement des agences-conseil en économie sociale, et notamment les missions dévolues à ces acteurs, les modalités d’octroi et les montants des subventions, pour favoriser une dynamique de professionnalisation et d’adaptation continue des pratiques d’accompagnements.

4. Adapter le soutien public aux besoins spécifiques des plateformes coopératives

L’économie dite collaborative est en plein développement. Des plateformes telles qu’Uber et Deliveroo ont dévoilé les limites du modèle économique sur lequel elles reposent. Elles bousculent le marché de l’emploi et dérégulent les secteurs d’activité dans lesquels elles se développent. Si le service proposé semble attractif pour l’utilisateur, force est de constater que le bilan collectif est actuellement négatif, tant sur le plan économique et social qu’environnemental.

En réponse à ces dérives, des « plateformes coopératives » tentent de se développer dans des secteurs aussi variés que la mobilité durable, le partage d’objets, l’accès à des services de la vie quotidienne ou l’alimentation saine et de provenance locale. Ces plateformes tablent sur le modèle coopératif en invitant les différentes parties prenantes (usagers, travailleurs, prestataires de services,…) à s’impliquer dans le financement et dans la gestion de l’entreprise dont ils deviennent copropriétaires.

Néanmoins, les défis sont de taille pour ces projets coopératifs : investissements informatiques importants, complexité technique, etc. Là où certaines plateformes, dopées par la spéculation sur leur valeur future, se développent sans contrainte de rentabilité immédiate, les coopératives doivent assez rapidement trouver un modèle économique sain et pérenne.

Proposition

Il conviendrait, en complément aux bourses de pré-activité pour les projets coopératifs, de créer une bourse spéciale pour les projets coopératifs à dimension digitale, pour inclure le financement d’un prototype informatique dans les activités préalables au lancement de l’entreprise.

Il conviendrait en outre d’ouvrir le Fonds d’investissement W.IN.G. (Wallonia Innovation and Growth) spécialisé dans les start-ups numériques aux plateformes coopératives, en adaptant ses modalités aux pratiques des coopératives (trajectoire de croissance plus progressive,  absence de lien direct et systématique entre la proportion de capital détenue et la puissance votale de chaque actionnaire).

 5. Soutenir la sensibilisation et l’éducation à l’entrepreneuriat coopératif

Les principes coopératifs ainsi que le modèle coopératif demeurent peu connus des jeunes publics et des futurs entrepreneurs.  Si, en primaire,  traiter la question de l’entrepreneuriat ne fait pas sens, il convient par contre de faire vivre et découvrir aux enfants les bénéfices de la coopération, une posture à contrecourant des réflexes individualistes encouragés par la société de consommation, et sur laquelle ils pourront s’appuyer lorsque, demain, ils seront amenés à contribuer à la transition de notre économie vers davantage de durabilité.

Proposition

Il conviendrait que la Wallonie conclue avec la Fédération Wallonie-Bruxelles des accords de coopération en vue d’encourager des dispositifs d’éducation à la coopération dans les écoles primaires, ainsi que l’intégration de dispositifs de sensibilisation et de formation à  l’entrepreneuriat coopératif dans les programmes  de l’enseignement secondaire et supérieur.

Un appel à projets de mini-entreprises coopératives pourrait en outre être lancé dans l’enseignement secondaire et supérieur. Les lauréats  recevraient une bourse leur permettant d’explorer la faisabilité de leur projet d’entreprise sur le plus long terme.

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