Carte Blanche

La clé d’un renouveau collectif et solidaire existe déjà

En ces temps de profonde remise en question de notre économie non maîtrisée, ConcertES, ses 18 organisations membres et plus de 80 chercheurs, académiques, fédérations et entreprises rappellent avec insistance le rôle prépondérant des acteurs de l’économie sociale dans la construction collective d’un vivre ensemble plus juste et durable. Une carte blanche publiée le 27 mai sur Le Soir.be

A l’heure où le Covid-19 nous confronte de plein fouet aux risques sanitaires de la mondialisation, symbole d’une économie non maîtrisée, des dizaines de lettres ouvertes et autres cartes blanches émergent sur la toile et dans nos médias. Certaines pointent la surexploitation des ressources naturelles engendrée par la recherche maladive de profits. D’autres mettent en exergue l’essoufflement d’un système de santé délaissé par les politiques d’austérité qui nuisent au bien commun. D’autres encore pointent l’absence des travailleurs dans les processus décisionnels des entreprises. Toutes nous avertissent : si nous ne changeons pas de paradigme, la Belgique, l’Europe, le monde foncera tête baissée dans le mur. Toutes exigent de nos dirigeants une refonte du pacte social qui règle nos sociétés depuis 75 ans.

De leur côté, les politiques, dans leurs traditionnels discours du 1er mai, ont bien compris le message, ou tout du moins en apparence : pour être en phase avec les citoyens, il est plus que jamais nécessaire de dessiner les contours d’un renouveau sociétal, dont les valeurs reposent sur la solidarité et la consommation raisonnée, au profit de l’intérêt général et dans le respect de l’environnement. Ce renouveau doit remettre l’humain, le local, le vivre ensemble au centre de nos préoccupations. L’économie doit retrouver sa fonction initiale, au service de l’humain, pour une juste répartition et utilisation des ressources. Cela doit constituer une priorité absolue pour les pouvoirs publics et ceux-ci doivent pouvoir jouer leur rôle redistributif, et soutenir correctement les nombreux services sociaux, d’insertion et de santé.

Face à cette quête de renouveau, faut-il pour autant repartir d’une feuille blanche, au risque de se perdre en conjecture, négociation ? Et si la clé d’une économie raisonnée existait déjà ? Et si la clé d’un avenir plus serein résidait tout simplement dans l’économie sociale ? Ces deux derniers mois, nombreux sont celles et ceux qui ont aspiré aux valeurs qui guident chaque jour les acteurs de l’ES dans leurs activités.

Rendre service à la société plutôt que de viser le seul profit privatif. Créer et maintenir des emplois locaux, de qualité. Utiliser nos ressources avec raison, exiger l’objectif zéro déchet et offrir des biens et des services accessibles à toutes et tous, au juste prix. Donner à chaque individu, quel que ce soit son profil ou son parcours, un rôle à jouer dans la construction de notre vivre ensemble. Privilégier la coopération à la compétition. Nourrir une dynamique collective et solidaire, qui tisse des liens sociaux forts et crée des emplois qui font sens. Remettre en question le tout pouvoir à l’actionnariat en intégrant chacun d’entre nous dans les décisions qui rythment nos quotidiens. Plus simplement, l’économie sociale, ce sont les principes du développement durable (économie, social, environnement, et démocratie participative) à l’échelle de l’entreprise.

Imaginez une économie dans laquelle vous participez activement aux décisions des entreprises qui se chargent de vous nourrir, vous habiller, vous informer, construire votre logement ou fournir votre électricité ? Cette économie n’est pas une utopie. Elle se développe avec succès sous la forme du modèle associatif et coopératif. N’est-ce pas de cette économie raisonnée, à l’écoute de nos besoins fondamentaux, dont nous avons besoin ? Ce sont des coopératives éoliennes citoyennes, des coopératives de circuits-courts rassemblant producteurs et consommateurs sur un territoire, des entreprises d’insertion actives dans l’aide ménagère à domicile, la construction, l’Horeca, les TIC…, ce sont des repair cafés, des magasins de seconde main, des centaines d’associations culturelles ou sociales proposant de multiples services, essentiels aux populations.

En Wallonie et à Bruxelles, plus de 11 000 entreprises d’économie sociale (coopératives, sociétés à finalité sociale, associations, mutuelles, fondations), qui créent un emploi sur cinq, partagent chaque jour ces principes de démocratie, de coopération, de solidarité pour construire une société plus cohérente, harmonieuse et durable. Depuis plus d’un siècle, elles démontrent leur capacité de résilience et d’entraide pour absorber les innombrables crises que nous traversons. Elles sont à la pointe de l’innovation sociale. Le Covid-19 nous rappelle à quel point l’économie sociale est un maillon indispensable à notre cohésion sociale. Le boom des circuits courts pour une alimentation locale et durable, l’extraordinaire chaîne de solidarité du milieu associatif, la priorisation de la santé des travailleurs en titres-services… autant d’exemples qui démontrent qu’il n’est pas nécessaire de créer un nouveau paradigme. Engageons-nous, collectivement, à appliquer les valeurs des acteurs de l’ES à l’ensemble de notre économie.

Nous, acteurs de l’ES, appelons tous les acteurs de changement, de transition, à s’unir. Emparons-nous des principes de l’économie sociale et développons un monde, une économie, un contrat social plus durable. Un contrat qui prenne l’être humain, le commun et le collectif comme paradigme premier. Un contrat dont les indicateurs d’efficience sont le bien-être, l’humain, le durable, la participation, la démocratie. La clé d’un renouveau collectif et solidaire existe déjà. Ensemble, saisissons-la.

Cette carte blanche est signée par ConcertES et ses 18 fédérations membres que sont AID, ALEAP, Atout EI, CAIPS, CoopAC, Crédal, Eweta, Fecoopem, Febecoop, Febisp, Febrap, ACFI, RES, Ressources, Financité, SAW-B, Syneco et Uscop.

Avec le soutien de Barbara Sak,  Benjamin Huybrechts, Catherine Dal Fior, David Gabriel, Jacques Defourny, Marek Hudon, Michel Bauwens, Olivier De Schutter, Paul Maréchal, Philippe De Leener, Sybille Mertens, Virginie Xhauflair ; APERe, CNCD-11.11.11, Cociter, Collectif 5C, Comptoir des Ressources Créatives, Ecopreneur, Fédération des Maisons Médicales, Inter-Environnement Wallonie, REScoop, Réseau des Consommateurs Responsables, Réseau Solidairement, Réseau Transition, Social Economy Europe, Solidaris ; 3B asbl, Agricovert, APRE Services, Batigroupe, BEES Coop, Bien chez ToiT, Brasserie de l’Orne, Brasserie de la Lesse, Casablanco, Ceinture Aliment-Terre Liégeoise, Chant de la Terre, Chantier asbl, Citeco, Cobea Coop, Coopéco, Coopeos, Coprosain, Cyréo, Damnet, DiES, Dioxyde de Gambettes, Dynamo Coop, EkoServices Région du Centre, Ethiquable, FitMyNest, Fobagra, Groupe Terre asbl, Home Net Service, Incredible Company, Integra Plus, Into The Spoon, Jardins d’Arthey, Job Yourself, La Bobine, La Ciaco, La Ferme Nos Pilifs, La Locomobile, La Poudrière, La Tricoterie, Le Grand Bois Commun, Le Monde des Possibles, Les Compagnons de la Maison, Les Grignoux,  Les Petits Riens, MaxiNet-Centre, Médor, Mon Lit dans l’Arbre, Neibo, NewB, Novacitis, OpenFlow, Paysans-Artisans, PermaFungi, Prop’House, Pwiic, Rayon 9, RCoop, Réconfort+, Repair Together, Sapristi !, Smart, Step Group, Terre-en-vue, Urbike, Vervîcoop, WeCo Store.

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