Jeudi 10 novembre : en route vers le pays de Donald Trump !

Nous venons tout juste d’atterrir à New York. À peine une journée après l’élection de Donald Trump comme 45e président des États-Unis. Dans les jours à venir, nous allons probablement être submergés d’analyses expliquant comment nous en sommes arrivés là. Mais une chose est sûre : le succès de Trump n’a rien à voir avec la chance du débutant. Nous sommes loin du joueur de foot amateur dont la maladresse et le jeu effronté décontenancent tellement les joueurs professionnels qu’ils en perdent le match contre toute attente, inversant ainsi les rapports de force.

Non, Trump a indubitablement touché une corde sensible chez Monsieur tout le monde. Ne connaissons-nous pas le même phénomène chez nous ? Autrefois, l’homme ordinaire était généralement socialiste. Il croyait dur comme fer que les rouges allaient l’aider. Même lorsque tous les facteurs externes conspiraient contre lui. Pire encore : surtout quand tous les facteurs externes conspiraient contre lui, qu’ils portaient un haut-de-forme et qu’ils fumaient un gros cigare. Et si l’homme ordinaire souhaitait aussi être aidé après sa mort, il était alors entouré avec bienveillance par les syndicats chrétiens. Puis le Vlaams Belang et, un peu plus tard, la N-VA sont arrivés et ont conquis le cœur de l’homme ordinaire.

Aux États-Unis aussi, l’homme ordinaire est fâché. Et il a dit « merde ». Serait-ce possible que l’homme ordinaire ait considéré le monde sans frontières prôné sous Obama comme une menace majeure ? A-t-il d’abord été inquiet, puis frustré et ensuite seulement fâché ?

L’homme ordinaire a peur de la mondialisation et des étrangers. Il a peur pour sa pension, son épargne et son emploi. Et peut-on lui donner tort quand on sait que le chômage a explosé parmi la classe moyenne américaine ces dernières années ?

D’après « ceux qui savent », la situation ne va pas s’améliorer dans les années à venir. La première révolution industrielle (l’introduction de la machine à vapeur) et surtout la deuxième (l’utilisation massive de l’électricité) ont rendu superflu presque tout travail manuel. Aujourd’hui, une troisième révolution (l’ère numérique) menace aussi de faire disparaître le travail intellectuel. Au-revoir, la classe moyenne ! Le Capital semble avoir remporté le combat final contre le Travail. Mince alors !

Un exemple ? En 1979, General Motors faisait 11 milliards de dollars de bénéfices et fournissait au passage un salaire à 840 000 travailleurs. En 2012, Google faisait 14 milliards de bénéfices en n’employant que 38 000 personnes.

Mais nous ne sommes pas venus à New York pour nous plaindre et pour râler. Nous sommes ici pour chercher, avec quelques personnes partageant notre point de vue, des solutions alternatives aux plateformes en ligne à la Google, Uber ou Airbnb. Celles-ci modifient en effet fondamentalement la façon dont notre société est organisée. Pire encore : elles mettent sous pression les relations entre le marché, les consommateurs, les travailleurs et les autorités. L’économie collaborative s’est imposée comme l’avatar le plus agressif du capitalisme. En répercutant tous les coûts et les risques sur les usagers et les prestataires de service, la majeure partie des bénéfices reste entre les mains des venture capitalists.

Qu’est-ce qui retient le citoyen lambda d’utiliser le pouvoir d’internet et de développer ses propres solutions alternatives ? Au XXIe siècle, les citoyens peuvent créer des plateformes numériques pour prendre en main la fourniture de services et la communication dans la société de la connaissance. Impossible, dites-vous ? Ne disait-on pas la même chose au XIXe siècle, lorsque les ouvriers ont commencé à créer des coopératives pour obtenir du pouvoir dans – en gros – les secteurs des assurances et de la santé ? Ou au XXe siècle dans le secteur de l’énergie renouvelable ? Peut-être que, comme au XIXe, un nouveau mouvement coopératif entraînera aussi un contre-pouvoir positif dans le monde politique.

Le professeur américain Trebor Scholz a baptisé cette nouvelle évolution « platform cooperativism ». Il est à l’initiative d’une conférence de trois jours, qui se tiendra ici, à New York, les 11, 12 et 13 novembre et dont le temps fort sera la création d’un consortium d’acteurs des quatre coins du monde. Son but ? Que le « platform cooperativism » ne soit plus une simple utopie mais bien une réalité. Vous en apprendre plus sur ce blog dans les jours à venir.

Peter Bosmans

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